Né en 1968 à Beyrouth, Habib Fadel est un artiste pluridisciplinaire dont la pratique traverse peinture et photographie. Son parcours, construit entre le Liban, l’Europe et les États-Unis, s’inscrit dans un dialogue constant entre mémoire, déplacement et création, nourri par l’histoire culturelle et cosmopolite de sa ville natale.
Durant la guerre civile libanaise (1975–1990), il poursuit une partie de sa formation entre la France et la Suisse avant de retourner à Beyrouth, où il obtient en 1991 un diplôme en gestion au Beirut University College. Très tôt attiré par les pratiques artistiques, il développe un intérêt particulier pour la musique et se consacre à l’étude du chant lyrique et du théâtre à Milan entre 1993 et 1996.
En 1997, il s’installe à Los Angeles, où il travaille dans le domaine de la production audiovisuelle et de la réalisation, tout en poursuivant une recherche artistique personnelle. Au tournant des années 2000, la peinture s’impose progressivement comme un langage central de sa pratique. Après des études à UCLA (University of California, Los Angeles), il développe une oeuvre picturale expressive qui donnera lieu à plusieurs expositions à Beyrouth et à Paris. En 2003, il ouvre son atelier à Beyrouth, marquant le début d’un engagement artistique plus soutenu.Ses premières expositions personnelles témoignent d’un univers profondément habité par la mémoire, la figure humaine et la tension émotionnelle. War, School and Faces (Alice Mogabgab Gallery, Beyrouth, 2012) explore les traces psychiques de la guerre à travers des figures traversées de couleurs brutes et de gestes picturaux incisifs. L’année suivante, Visages et regards (Galerie Jacques Leegenhoek, Paris, 2013) approfondit cette recherche autour du portrait et de l’intériorité. En 2015, son œuvre Dad (2012) établit son record aux enchères chez Christie’s. Avec Tao (Galerie Samia Mehdi, Beyrouth, 2019), consacrée à son fils, son travail s’oriente vers une approche plus intime et lumineuse du portrait.
Le 4 août 2020, l’explosion du port de Beyrouth détruit sa maison et son atelier, marquant un tournant décisif dans sa trajectoire personnelle et artistique. Contraint de quitter le Liban, il s’installe en Italie. À la suite d’une longue convalescence liée au Covid en 2021, et dans l’impossibilité momentanée de peindre, il se tourne vers la photographie : un déplacement de pratique qui ouvrira un nouveau chapitre de son travail.
Depuis, Habib Fadel développe une œuvre photographique fondée sur des procédés analogiques et des techniques historiques de tirage au platine-palladium. Réalisées à partir de négatifs de grande dimension, ses œuvres sont produites selon un processus entièrement manuel, du développement en chambre noire au tirage par contact. Cette approche lente et minutieuse, qu’il rapproche volontiers du geste pictural, confère à ses images une profondeur tonale et une matérialité singulières.
Ses projets récents incluent À la recherche de mes racines, une série consacrée aux paysages et à la mémoire du territoire ligure, présentée à la Cella Gallery en 2022, ainsi qu’Anime Fiorite (2023), un ensemble méditant sur la beauté fragile et transitoire du vivant, présenté au Il Salotto di Milano. Il poursuit aujourd’hui cette recherche à travers de nouvelles images consacrées à la nature, réalisées selon le procédé au platine-palladium.
Aujourd’hui installé à Santa Margherita Ligure, Habib Fadel poursuit une œuvre nourrie par l’expérience du déplacement, de la reconstruction et de la contemplation, où la nature, la lumière et le temps deviennent les protagonistes d’une recherche profondément personnelle.