À l'heure où les images sont produites, diffusées et consommées dans l'instant, Habib Fadel fait le choix d'une pratique fondée sur la lenteur, la précision et la main. Chaque photographie résulte d'un processus entièrement analogique : prise de vue grand format, développement en chambre noire, tirage au platine-palladium. Cette exigence technique constitue le socle de sa démarche.
Apparu au XIXᵉ siècle, le procédé au platine-palladium est reconnu pour la richesse de ses nuances, la profondeur de ses noirs et la remarquable stabilité de ses tirages. Chez Habib Fadel, il confère aux images une présence singulière. La matière du papier, la lumière et les infimes variations propres à chaque épreuve participent pleinement de leur expression.
Cette attention portée à la fabrication rapproche naturellement sa pratique de celle du peintre. Chaque étape du processus exige un temps d'exécution incompressible, laissant une place essentielle à l'observation, à l'attente et à la maîtrise du geste. La photographie cesse d'être un simple enregistrement du réel pour devenir une image patiemment construite.
Paysages silencieux, natures mortes et fragments du monde végétal composent un répertoire volontairement resserré. Sans rechercher l'effet spectaculaire, Habib Fadel s'attache aux variations de la lumière, aux textures, aux rythmes de la nature et à ce qu'ils révèlent d'impermanence. Ses photographies invitent à une forme de contemplation où le silence occupe une place aussi importante que le sujet lui-même.
Son travail s'inscrit dans la tradition des grands photographes ayant choisi de préserver les procédés historiques, tout en entretenant un dialogue constant avec la peinture. La composition, l'équilibre des valeurs, la qualité de la lumière et l'attention portée à la matière témoignent d'une approche où la technique n'est jamais une fin en soi, mais le moyen d'atteindre une grande justesse de regard.
Si son parcours est marqué par l'expérience du déplacement, de la perte et de la reconstruction, son œuvre n'en constitue jamais l'illustration directe. Ces expériences affleurent avec retenue, transposées dans une relation intime au paysage et au vivant.
À rebours de la prolifération des images contemporaines, Habib Fadel développe une photographie exigeante, où le temps de la fabrication rejoint celui du regard. En renouant avec un savoir-faire historique, il rappelle que la lenteur, la matière et la main demeurent aujourd'hui encore des composantes essentielles de l'acte photographique.
Anne-Hélène Decaux, historienne de l’art